Les experts soulignent que l'éducation est une solution durable pour les enfants déplacés à l'intérieur de leur pays, mais ils et elles ont perdu l'occasion d'agir

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Réseau Inter-agence pour l'éducation en situations d'urgences (INEE)
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Kate Moriarty,Conseillère Principale, Engagement stratégique et Dialogue, INEE et Emma Wagner, cheffe de la politique éducative et du plaidoyer, Save the Children
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Déplacement forcé
Plaidoyer
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Un nouveau rapport publié la semaine dernière par le Groupe de haut niveau sur le déplacement interne reconnaît l'éducation comme un pilier essentiel pour des solutions durables. Le rapport souligne le besoin d'investir dans les infrastructures d'éducation publique, de soutenir les enseignants et les enseignantes et d'apporter une aide ciblée aux enfants et aux jeunes personnes déplacées. Pourtant, avec 30 millions d'enfants et de jeunes déplacés à l'intérieur de leur propre pays dans le monde, ce rapport est une occasion manquée d'axer sur l'éducation l'une des 10 recommandations du rapport à l'intention des États membres et des donateurs. 

En 2019, le Secrétaire général de l’ONU a mis en place le Groupe de haut niveau sur les déplacements internes afin d’identifier des recommandations concrètes sur la manière de mieux prévenir, répondre et trouver des solutions à la crise mondiale des déplacements internes. Malgré les circonstances exceptionnelles causées par la pandémie de Covid-19, le Groupe a réalisé un effort constant pour engager le dialogue avec des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et avec la société civile. Nous sommes reconnaissantes pour ce processus inclusif et pour la disponibilité du Groupe à engager le dialogue avec nous à plusieurs occasions.

Faire avancer les demandes des enfants et des jeunes déplacés à l'intérieur du pays

Tout au long de l’année 2021, l’INEE et Save the Children ont travaillé ensemble pour écouter les enfants, les jeunes, les enseignants et les enseignantes qui ont été victimes de déplacements internes et les organisations locales qui travaillent avec les PDIP et pour donner l'occasion de présenter au Groupe les meilleures pratiques et leurs demandes en matière d'éducation.

Nous avons organisé cinq tables rondes dans différentes langues, publié un rapport de l’INEE qui reprend les conclusions des tables rondes, un rapport de Save the Children qui contient cinq études de cas de pays, et nous avons organisé un webinaire public et une discussion privée avec certaines personnes membres du Groupe.

Ce que nous avons entendu est qu’une éducation inclusive, sécurisée et de qualité est une priorité majeure pour les enfants et les jeunes déplacés internes.

Et donc, que dit le Groupe de haut niveau sur l’éducation ?

Le Groupe appelle à "des changements cruciaux qui permettraient au monde de se saisir de la question du déplacement interne et de la traiter de manière décisive. Ces changements sont centrés avant tout sur les solutions durables". Les solutions durables font référence à la capacité des personnes déplacées à se réintégrer dans la société et à trouver un point où elles n'ont plus de besoins associés à leur situation de déplacement forcé.

Cinq domaines essentiels pour permettre des solutions ont été identifiés, l'éducation étant l'un d'entre eux. Nous saluons vivement cette approche, car il est constamment démontré que l'éducation est un élément constitutif du relèvement, de la résilience et de la prospérité. Le rapport souligne à juste titre que l'inclusion dans le système éducatif national est le moyen le plus efficace et le plus durable de fournir aux enfants déplacés à l'intérieur de leur pays un accès à une éducation de qualité sur le long terme - en reconnaissant que le déplacement peut s'étendre sur une longue période ou même être un déplacement permanent du lieu d'origine.

Pourtant, l'accès au système éducatif national peut représenter un énorme défi. L'insécurité permanente peut menacer les enfants, les jeunes et les enseignants et enseignantes sur le chemin de l'école, à l'école même et sur le chemin du retour. Les écoles peuvent être détruites ou occupées par les forces armées ou les personnes déplacées elles-mêmes. Les enfants et les jeunes peuvent avoir perdu leurs documents scolaires lorsqu'ils et elles ont dû fuir leur domicile, être confrontés aux coûts de l'éducation, perdre de longues périodes de scolarité et être confrontés aux barrières linguistiques. Tout cela s'ajoute au rejet qu'ils et elles peuvent subir de la part de la communauté locale et aux besoins de santé mentale qu'ils et elles peuvent avoir. 

Une occasion manquée pour proposer des recommandations fortes pour l’éducation

Il est donc décevant qu’avec la richesse des consultations tenues par le Groupe et avec les souhaits des enfants, des jeunes déplacé·es internes et des enseignants et enseignantes avec lesquels ils et elles se sont entretenues, qu’il n’y ait pas une seule recommandation dédiée à l’éducation.

Nous nous félicitons de la priorité accordée aux besoins de protection des personnes déplacées, mais nous nous attendions à ce que le rôle de l'éducation soit également reconnu. L'éducation protège en effet les enfants déplacés à l'intérieur de leur propre pays, tout en offrant des opportunités d'apprentissage académique et socio-émotionnel. Sans accès à une éducation sûre, de qualité et inclusive, les enfants et les jeunes sont plus exposés au danger, notamment au travail des enfants, à l'exploitation et aux abus. Et comme le note le rapport, sans accès à l'éducation, ils et elles peuvent être "plus vulnérables au recrutement par des gangs ou des groupes armés, à la radicalisation, à la traite et à des stratégies d'adaptation négatives".

Nous attendons avec impatience d'en savoir plus sur la recommandation du Groupe concernant la création d'un Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG) sur les solutions au déplacement interne, afin d'assurer un engagement continu avec les États sur les solutions. Le mandat de ce représentant (ou cette représentante) doit inclure le suivi des progrès réalisés en matière d'éducation des enfants et des jeunes déplacés à l'intérieur de leur propre pays, ainsi que le plaidoyer auprès des États membres pour qu'ils fournissent une éducation sûre, de qualité et inclusive aux personnes déplacées.

Le groupe d'expert·es a recommandé la création d'un Fonds mondial pour les solutions au déplacement interne afin de fournir un soutien financier et technique aux plans et stratégies de solutions nationales. Bien que cela puisse mobiliser des ressources accrues à moyen et long terme, les besoins des enfants et des jeunes réfugiés sont plus immédiats. Il est urgent d'augmenter le financement de l'éducation en situations d'urgence et des crises prolongées, compte tenu de l'ampleur des besoins. Alors que le rapport fournit peu de détails sur le mandat de ce fonds proposé, nous recommandons que le financement international de l'éducation continue de passer par les mécanismes existants - bilatéraux et multilatéraux. Ces fonds multilatéraux comprennent Éducation Sans Délai, qui agit dans les situations d'urgence et à travers le nexus entre l'humanitaire et le développement, et le Partenariat mondial pour l'éducation, qui finance le développement et la mise en œuvre de plans sectoriels d'éducation nationale (qui devraient inclure les enfants déplacés à l'intérieur du pays).    

Un apprentissage de qualité permet de s'attaquer aux moteurs du déplacement forcé. C'est aussi la clé qui permet de débloquer le potentiel futur et le bien-être des personnes victimes de déplacement interne. Les droits des enfants et des jeunes personnes déplacées à être inclus·es dans les systèmes éducatifs nationaux doivent être défendus et financés. Les engagements pris par les gouvernements et la communauté internationale dans le cadre de l'Agenda 2030 pour le développement durable et des Principes directeurs des Nations Unies relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays doivent être considérés comme prioritaires.

Nous remercions le Groupe de haut niveau, le Groupe Consultatif d’Experts, et le Secrétariat pour avoir consulté les enfants, les jeunes, les enseignants et enseignantes et la société civile, et pour leur travail sur le rapport final. Nous accueillons avec enthousiasme l’attention que le Secrétaire général des Nations Unies donne à cette question, et nous nous réjouissons de travailler avec toutes les parties prenantes afin de garantir que chaque enfant, même en situations d’urgence, reçoive une bonne éducation.