La crise mondiale de l'apprentissage se poursuit et des millions de personnes sont touchées, selon Guterres

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Deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, les fermetures d'écoles continuent de perturber la vie de plus de 31 millions d'élèves, exacerbant ce que le Secrétaire général des Nations Unies dénomme « une crise mondiale de l'apprentissage ».

« Si nous n'agissons pas, la part des enfants quittant l'école dans les pays en développement qui ne savent pas lire pourrait passer de 53 à 70% », a averti lundi António Guterres dans un message vidéo a l’occasion de la Journée internationale de l'éducation.

Le chef de l'ONU a rappelé le « chaos » que la Covid-19 a provoqué dans l'éducation à travers le monde, soulignant qu'au plus fort de la pandémie, quelque 1,6 milliard d'écoliers et d'étudiants ont vu leurs études interrompues.

Malgré l'amélioration de la situation, M. Guterres estime que la crise n'est « pas encore terminée » et que les bouleversements vont au-delà des questions d'accès et d'inégalité.

Un monde en mutation

Cette année, le thème de la journée est « Changer de cap, transformer l'éducation ». 

Pour António Guterres, « le monde évolue à un rythme vertigineux : innovation technique, changements spectaculaires dans le monde du travail, réalité de l’urgence climatique et perte de confiance généralisée entre les populations et les institutions ». Dans ce contexte, il estime que les systèmes éducatifs conventionnels « peinent à transmettre les connaissances, compétences et valeurs dont nous avons besoin pour offrir un avenir meilleur, plus vert et plus sûr à toutes et à tous ».

En raison de ces défis, le chef de l'ONU va organiser un Sommet sur la transformation de l’éducation en septembre prochain. « Le moment est venu de raviver notre engagement collectif en faveur de l'éducation », a-t-il déclaré. 

Selon lui, cela signifie « placer l’éducation au cœur des efforts de relèvement qui visent à transformer l’économie et la société et à avancer plus rapidement sur la voie du développement durable ».

Cela signifie également la solidarité financière avec les pays en développement et la compréhension de la manière dont les systèmes éducatifs nationaux peuvent être réformés, d'ici à 2030.

Le Secrétaire général a fait remarquer que le Sommet sera la première occasion pour les dirigeants mondiaux, les jeunes et toutes les parties prenantes de l'éducation de se réunir pour examiner ces questions fondamentales.

UNICEF/Bashir Ahmed
Des élèves se lavent les mains dans leur école à Dhaka, au Bangladesh. © UNICEF/Bashir Ahmed Sujan

La perte d’acquis

Pour sa part, le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies, Abdulla Shahid, a souligné la nécessité de réfléchir à l'impact des deux années de pandémie de Covid-19. 

Les élèves et étudiants du monde entier pourraient perdre un total de 17.000 milliards de dollars de revenus au cours de leur vie en raison de ces contraintes, a souligné M. Shahid se référant à une étude onusienne et évoquant les défis qui ont surgi concernant l'autonomisation des enfants et des jeunes.

Selon lui, ce chiffre représente un appel à combler la fracture numérique, à autonomiser les filles et les garçons, en particulier ceux des zones rurales et isolées, et à renforcer le soutien aux personnes vivant avec un handicap, ainsi que d'autres groupes vulnérables.

« Dans un monde de plus en plus complexe, incertain et précaire, la connaissance, l'éducation et l'apprentissage doivent être réimaginés », a-t-il fait valoir. 

M. Shahid estime également que le monde a besoin « d'un système éducatif qui pourrait tirer parti de l'intelligence collective de l'humanité ». « Un système qui fait progresser, plutôt que de subvertir, nos aspirations à une éducation inclusive fondée sur les principes de justice, d'équité et de respect des droits de l'homme », a-t-il conclu. 

Les écoles restent ouvertes malgré la vague d’Omicron

Selon de nouvelles données publiées lundi par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), les écoles sont actuellement ouvertes dans 135 pays et elles ont été temporairement suspendues en prolongeant les vacances de fin d'année dans 25 autres nations.

Depuis l'apparition du variant Omicron, seule une douzaine de pays ont choisi de fermer les écoles et de passer à un apprentissage entièrement à distance plutôt qu'en personne.

Le contraste est frappant « si l'on compare avec la même période de l'année précédente, où les écoles étaient totalement fermées et l’enseignement entièrement à distance dans 40 pays ».

Pour l'UNESCO, cela montre qu'une grande majorité de pays utilisent les leçons des deux dernières années pour garder les salles de classe accessibles, avec des protocoles de santé et de sécurité renforcés.

« L'éducation continue d'être profondément perturbée par la pandémie, mais tous les pays sont désormais parfaitement conscients des coûts dramatiques qu'entraîne la fermeture des écoles, comme l'a dit l'UNESCO ces deux dernières années », a estimé la Directrice générale de l'agence, Audrey Azoulay.

Une douzaine de pays étudiés - dont le Brésil, la France, le Kazakhstan, le Mexique, la Palestine et l'Ukraine - utilisent désormais des systèmes de surveillance dit « de feux tricolores » qui déclenchent différentes mesures en fonction des niveaux d'infection : port de masque, lavage des mains, ventilation, mais aussi distanciation à l'intérieur et à l'extérieur des locaux ainsi que la fermeture de classes au cas par cas pour éviter d'affecter tous les élèves.

D'autres pays, dont le Canada, la France, le Royaume-Uni et l'Italie, ont également recours à des politiques de dépistage rapide et massif.

L'UNESCO a, une fois de plus, appelé à davantage d'efforts pour vacciner les éducateurs, soulignant que dans 1 pays sur 3 ils « ne sont toujours pas considérés comme un public prioritaire ».

Les niveaux escomptés n’ont pas été atteints

Pour la cheffe de l'UNESCO, il faut agir davantage pour ramener à l'école tous les enfants qui s'en sont éloignés et récupérer les pertes d'apprentissage.

« Si l'on ne prend pas de mesures correctives et que l'on ne se concentre pas sur les élèves les plus vulnérables, la pandémie de Covid-19 aura des conséquences dramatiques à long terme », a averti Mme Azoulay.

Plus de 50% des enseignants déclarent que les élèves n'ont pas progressé au niveau attendu, selon une enquête à grande échelle menée par l'UNESCO et l'Association internationale pour l'évaluation du rendement scolaire.

Dans cette étude, menée dans 11 pays, la plupart des enseignants s'accordent à dire qu'il est difficile de fournir le soutien nécessaire aux élèves vulnérables. Et plus de 50% des élèves ont déclaré être anxieux face aux changements en cours.