Éducation. En Afrique, le décrochage scolaire explose après deux ans de pandémie

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Courrier International
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Thème(s):
Déscolarisation
Coronavirus (COVID-19)
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Dans un rapport repéré par le site sud-africain “News24”, l’Unicef alerte sur l’impact des fermetures d’écoles pendant la pandémie, alors que de nombreux pays étaient déjà confrontés à une sévère crise de l’éducation avant l’émergence du Covid-19. En première ligne, l’Afrique, déjà très fragilisée.

“La crise de l’éducation a atteint de nouveaux sommets”, s’inquiète le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Dans un rapport publié le 30 mars 2022 et repéré par News24, l’Unicef a passé au crible l’état de l’éducation dans 32 pays à faibles revenus et revenus moyens entre 2017 et 2021. Il montre qu’avant la pandémie de nombreux pays d’Afrique subsaharienne traversaient déjà une grave crise de l’éducation. Dans ce contexte, l’étude suggère que le continent risque de payer très cher les fermetures d’écoles.

Pour la première fois depuis vingt ans, le nombre de “décrocheurs” scolaires augmente depuis 2020, sous l’effet de la pandémie, note l’Unicef, qui égrène une série d’exemples alarmants sur le continent africain.

  • Au Liberia, 43 % des élèves n’auraient ainsi pas repris l’école à la réouverture des classes.
  • En Ouganda, 10 % ne sont pas réapparus à l’école.
  • Au Malawi, la proportion de décrochage chez les filles dans le secondaire est passée de 6,4 % en 2020 à 9,5 % en 2021.
  • En Afrique du Sud, le nombre d’enfants n’allant pas à l’école a triplé entre mars 2020 et juillet 2021, passant de 250 000 à 750 000.

Au-delà du décrochage, l’étude tente d’évaluer l’impact de la fermeture des classes pendant la pandémie, alors que 23 pays n’ont toujours pas entièrement rouvert les établissements scolaires.

Données partielles

Si les données globales manquent encore pour évaluer précisément les conséquences de ces fermetures, l’Unicef tente d’évaluer leur impact en comparant, dans 12 pays, le niveau de maîtrise de la lecture avant la pandémie entre les enfants qui fréquentaient l’école et ceux qui avaient décroché depuis un an. Il en ressort que la part des enfants maîtrisant les acquis fondamentaux en lecture chute de 68 % en moyenne après avoir manqué l’école pendant un an.

Le chiffre suggère que l’impact des fermetures d’écoles pourrait être dramatique en Afrique subsaharienne en particulier. Parmi les 32 pays cités dans le rapport, les nations d’Afrique subsahariennes présentent la part la plus faible d’enfants maîtrisant les savoirs de base en lecture et en mathématiques avant la pandémie. Au Ghana, en République démocratique du Congo, au Tchad ou en République centrafricaine, notamment, moins de 10 % des élèves fréquentant l’équivalent du CE2 maîtrisaient le niveau de lecture attendu dans cette section avant l’émergence du Covid-19. À Madagascar, où 20 % des élèves de CE2 seulement maîtrisaient ce niveau avant la pandémie, le chiffre pourrait ainsi chuter aux alentours de 6 % sous l’effet de la fermeture des classes.