Le modèle des écoles sensibles au genre du FAWE : l’égalité des genres et le succès des filles au Burundi, République Démocratique du Congo, Sénégal et Mali

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L'éducation est un droit fondamental et inaliénable pour chaque enfant, mais les filles dans certaines régions d’Afrique, notamment en Afrique subsaharienne, sont souvent confrontées à des obstacles significatifs. En Afrique subsaharienne, seulement 40% des filles terminent le premier cycle du secondaire et 80 % des enfants de 10 ans en Afrique de l'Ouest et centrale n'arrivent pas à lire et comprendre un texte simple. Les filles qui ont la possibilité d'aller à l’école se heurtent aux violences sexuelles et sexistes, à des enjeux de santé reproductive, mais aussi au poids des normes sociales dans leurs communautés et aux défis engendrés par la pauvreté. 

Le projet de recherche de trois ans (2020-2023) mené par le consortium du Forum des Éducatrices Africaines (FAWE), du Laboratoire de Recherche sur les Transformation Economiques et Sociales (LARTES) et de la Fondation Paul Gérin-Lajoie (FPGL) sur le modèle d'école sensible au genre du FAWE explore l'efficacité de ce modèle innovant dans quatre pays: le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC), le Mali et le Sénégal.

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Crédit photo : LARTES

Une multiplicité d’obstacles

Chacun des quatre pays présente des défis différents quant à l’éducation des filles. La République démocratique du Congo, par exemple, est un pays où les inégalités entre les garçons et les filles sont parmi les plus importantes de la région. Alors qu’au primaire, la proportion est de 87 filles pour 100 garçons, cette proportion chute à 54 au deuxième cycle du secondaire. La même tendance est observable au Mali. Parmi les raisons qui expliquent ce décrochage progressif, il est possible de mentionner les coûts financiers qui poussent les familles à favoriser l’éducation des garçons, la violence faite aux filles, les distances à parcourir jusqu’à l’école qui peuvent être longues et dangereuses, le mariage et les grossesses précoces, le poids de la tradition et les considérations religieuses qui poussent les filles à rester à la maison. 

Le Sénégal, au contraire, a mis en œuvre plusieurs mesures afin de favoriser l’éducation des filles : il en résulte qu’elles sont plus présentes au primaire que les garçons. Il a toutefois été observé que les violences sexuelles commises envers les filles augmentent au fur et à mesure qu’elles progressent dans leur scolarité : si 53 % des violences sexuelles au primaire ont été commises sur des filles, au deuxième cycle du secondaire ce pourcentage arrive à 90,5 %.  La rétention de ces filles est alors un réel enjeu dans les écoles sénégalaises.

Par ailleurs, les installations éducatives, le matériel pédagogique et les méthodes d’enseignement sont fréquemment inadaptées aux besoins et vécus spécifiques des filles. Il arrive souvent aussi qu’on leur assigne des tâches domestiques dans l’établissement, pendant que les garçons étudient, ou que les supports pédagogiques soient empreints de stéréotypes sexistes. En effet, selon l’étude, seulement 23,2% du personnel enseignant ont accès à du matériel pédagogique sensible au genre. 

Un modèle d’école sensible au genre de FAWE

Le FAWE a développé un modèle scolaire holistique et sensible au genre spécialement conçu pour soutenir l’accès, la rétention et la performance scolaire des filles et des adolescentes à l'école et créer un environnement où les filles peuvent s'épanouir.  Le modèle se décline en cinq dimensions (gestion, pédagogie, matériel d’apprentissage, environnement scolaire, implication de la communauté) qui sont concrétisées par les 8 composantes suivantes :

  • un système de gestion sensible au genre pour la formation de la direction ;
  • une pédagogie sensible au genre qui concerne la formation du personnel enseignant ;
  • des incitations favorisant la participation des filles aux STEM ;
  • des bourses scolaires destinées aux filles démunies ;
  • un programme d'autonomisation des jeunes en particulier des filles (clubs TUSEME) ;
  • un programme de gestion de la maturation sexuelle ;
  • une infrastructure scolaire sensible au genre ; et
  • un matériel d’apprentissage adapté et sensible au genre.
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Crédit photo : FAWE

Le projet de recherche mené par le consortium a ciblé dix écoles dans chacun des quatre pays ciblés. Certaines écoles bénéficient déjà du modèle ; dans d’autres, il a été introduit au début de la recherche. La recherche s’est fondée à la fois sur un volet quantitatif (questionnaires pour les chefs d’établissement et le personnel enseignant, ainsi que pour les élèves) et un volet qualitatif (entretiens semi-structurés, focus groups avec les élèves et les associations de parents d’élèves, récits de vie des anciennes bénéficiaires et observations des milieux scolaires et des classes). Le projet répond à trois objectifs précis :

  1. collecter et analyser des données probantes sur le modèle ;
  2. évaluer l’impact de ses composantes sur l’enrôlement, le maintien et la réussite des filles à l’école ;
  3. analyser les conditions de mise à l’échelle.

Au Sénégal la recherche révèle que 81,6 % des élèves bénéficiaires estiment que le modèle a un effet positif sur leur maintien à l’école ; 86,8 % des chefs et cheffes d’établissement et du personnel enseignant perçoivent le modèle comme efficace. Au Mali, suite aux formations en pédagogie sensible au genre, neuf enseignants et enseignantes sur dix promeuvent une participation et les chances égales d’intervention des filles et des garçons en classe : en effet, 84,4 % des filles estiment se sentir libres de s’exprimer en classe. 

De plus, au Sénégal, plusieurs initiatives de la communauté ont vu le jour, notamment pour lutter contre le mariage précoce, éliminer les grossesses des jeunes filles, réduire les travaux domestiques des filles, encourager les parents à scolariser les filles. Au Mali, 79,2 % des écoles intérrogées disposent d’une administration sensible au genre. Les communautés sont également sensibilisées à l’importance de scolariser les filles. La mobilisation a été un peu plus difficile en République démocratique du Congo, où les décideurs et acteurs éducatifs doivent encore être sensibilisés et convaincus à l’approche. Au Burundi, ce sont les directions d’écoles qui se sont fortement engagées en faveur de la pédagogie sensible au genre (100 % au premier cycle, 93,3 % au deuxième cycle). Toutefois, les taux d’applications des méthodes pédagogiques sensibles au genre sont de 50 % au premier cycle et 32,7 % au deuxième cycle.

À travers tous les pays, les clubs TUSEME semblent faire une réelle différence lorsqu’ils sont implantés. En République démocratique du Congo, 81,5 % des filles considèrent cette formation comme étant l’élément du modèle ayant le plus d’effet positif sur leur scolarisation. Au Burundi, seulement 50,7 % des écoles enquêtées disposent de clubs, mais celles qui en ont observent un taux de participation de presque 70 %. 

Ainsi, la recherche reconnaît que le modèle est porteur d’impacts et d’espoir pour une transformation durable de la trajectoire éducative des filles. Il initie une dynamique d’intégration de la pédagogie sensible au genre, en incitant notamment les filles à intervenir en classe, et génère une amélioration des conditions d’apprentissage et de développement du leadership. Il génère aussi une prise de conscience auprès de la communauté de l’intérêt de scolariser les filles.

Néanmoins, la mise en œuvre efficace du modèle se heurte à des obstacles d'ordre structurel et socioculturel. Par exemple, la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles, à hauteur de moins de 10 %, et la persistance de normes socioculturelles contribuent à maintenir des inégalités de genre au sein des établissements scolaires, favorisant la perpétuation de pratiques discriminatoires. De plus, les communautés peuvent parfois manifester une résistance envers les concepts liés au genre et exprimer des appréhensions à l'égard des programmes d'éducation sexuelle. 

Les rapports émettent diverses recommandations, notamment l'intégration d'une perspective de genre dans les programmes officiels des ministères de l'Éducation, le renforcement de la participation des femmes dans les organes décisionnels des écoles, la mise à disposition de supports pédagogiques sensibles au genre, la création d'infrastructures sanitaires adaptées aux besoins des filles avec accès à l'eau, et la distribution de serviettes hygiéniques à l'école. De plus, il est recommandé de garantir des installations pour le service de restauration des élèves, des infrastructures pour l'enseignement des sciences, des programmes de formation plus rigoureux pour le personnel enseignant, de préférence au niveau national, ainsi que la poursuite des efforts de sensibilisation auprès des élèves et des parents. L'encouragement de l'implication communautaire et la création d'environnements familiaux favorables sont également préconisés, de même que la mobilisation de la communauté pour assurer la sécurité sur le chemin de l'école. Enfin, il est impératif de rechercher des financements afin de développer davantage les composantes du modèle FAWE et d'en garantir la pérennité.

Ainsi, le modèle des écoles sensibles au genre du FAWE est une réelle innovation pour l’enrôlement, le maintien et la réussite des filles à l’école. L’efficacité du modèle a été prouvée à travers la recherche menée par le consortium. Toutefois, sa mise en œuvre peut se heurter à des obstacles structurels et socioculturels, et nécessite parfois de la créativité afin de contourner les contraintes communautaires. Le modèle est un premier grand pas vers l’éducation des filles - maintenant que les obstacles ont été identifiés, il est possible de les adresser plus efficacement.